Après, c'est l'Amérique ! Ouessant retour
 

photos, texte :    Léon

 

VOL POUR OUESSANT

 De loin, de haut, c’est la mer, la vraie, la dure, la bretonne : la mer d’Iroise.

 Un vol maritime de plus de  30 kilomètres et jalonné d’îles, certes plus ou moins grandes,  simples rochers parfois, émergeant à marée basse, mais avec une météo maniable et une machine dans laquelle on a confiance et qui permette de grimper à plus de 1000 mètres, ça devient très jouable.

Une logistique ultra légère assaisonnée d’une bonne dose d’opportunisme  a prévalu : un vol dans le coin avec une idée derrière la tête, une météo propice, des marées favorables, des horaires de navette qui collent, un  bon copain,  Christian Demathieu,  régional de l’étape,  et hop, une fois en l’air cap au large…

Acte I : la décision

Décor : un champ de patates ; un agriculteur sympa qui donne son aval pour un déco  le plus à l’ouest de l’hexagone, des prés du bout du bout, le sémaphore de la Pointe St Mathieu. Un ciel clair, une petite brise de sud comme annoncé : du pain béni avant que ça se gatte.

Scène 1 : les deux personnages se mettent en l’air ; grand tour de la pointe, de l’anse de Berteaume au Conquet. Déjà du bonheur.

Scène 2 : La charnière. Le 100 light de Backbone tourne bien, il pousse fort et je commence à grimper; Christian me confirme qu’au-delà de 300 m il ne se sent pas gaillard mais m’ôte tout scrupule à le laisser finir seul un vol local ; il se met à dispo pour la récup de retour. Je me donne 5 mn pour la décision finale tout en dérivant prudemment au-dessus de la bleue.

L’alti indique « 1200 m », toujours dans la zone de sécu de la terre,  un dernier regard en arrière et hop ! Route pèche…

Acte 2 : la traversée

Le premier chenal est le plus impressionnant, entre la pointe et Béniguet : un peu de vertige au dessus de la patouille, le courant, l’altitude… et puis on s’habitue gentiment,  d’île en île, de rocher en rocher.

Le vent est bien axé, trois quarts arrière et ça progresse bien. Un clin d’œil à Quéménès, cette île reconquise récemment par un jeune couple d’agriculteurs gardiens, des Robinsons bretons. Ils m’avoueront, un peu plus tard,  par email, m’avoir vu passer, mi-distraits,  mi-perplexes.

Et puis Molène, la fière, la petite, la sauvage,  terre natale du  farouche  Jo Leguen,  rameur transocéanique, en croisade permanente pour une noble cause.

Enfin, Balanèc et Bannèc, réserves naturelles d’Iroise et inséparables sentinelles des fureurs de l’Océan.

Je touche bientôt au but, il fait frisquet en altitude et l’horizon se voile rapidement. Reste à franchir le terrible chenal du Fromveur, avec ses courants marins violents de 5 à 8 noeuds ; Ouessant la grande me tend les bras : Terre, terre ! J’entame la descente, la terre grossit à vue d’œil ;  méfiance, en effet le vent a forci, il ne s’agirait pas de dépasser l’objectif ; après, c’est l’Amérique !

Acte 3 : le retour 

Posé à 14 h dans la baie de Lampaul , à l’orée du bourg, dont j’ai repéré l’Eglise ,  après 2 h de vol dont une, petite,  de traversée. La machine sur le dos, en route vers le centre, les  autochtones me regardent un peu comme un martien, mais sympas, m’indiquent la supérette pour avaler un sandwich  et une bolée bien mérités ; j’observe le ciel couvert, le vent maintenant  installé, rafaleux ;  la dépression est sur nous, le temps se gâte vite dans  les parages, les fenêtres de vol sont courtes.

Un seul petit hic : l’embarcadère de la navette qui va pouvoir me ramener au continent est au port du Stif, dans l’autre baie  à 5 km … un loueur de vélo compatissant me prête  un engin à laisser à l’embarcadère, au bureau du port, sympa les insulaires!

Sitôt le coin de la rue passé, je  démarre la machine et me ris des côtes et du vent en fonçant à 30 km h, poussé par le ventilo ;  vive la mobylette, ma mobylette de l’air !

Christian m’attend au Conquet, aussi heureux que moi, sous les regards incrédules des lamaneurs qui me voient débarquer  dans un drôle d’accoutrement ; en route pour Tréméoc  où Christine nous attend  près de la cheminée avec le Lambic* qui va bien…

 

*Lambic : version locale du Tafia ou Citror selon les ethnies